L'Afrique subsaharienne est devenue le premier marché mondial du paiement mobile, avec environ 40 % des adultes utilisant le mobile money en 2024 contre 27 % en 2021. Pourtant, envoyer de l'argent d'un pays africain à un autre reste plus cher que partout ailleurs dans le monde, avec un coût moyen de 8,16 % du montant transféré en 2024 selon le rapport sur les coopérations monétaires entre l'Afrique et la France publié par la Banque de France. Le paradoxe mérite qu'on s'y attarde, mais le détail le plus révélateur de ce dysfonctionnement se trouve ailleurs, dans le circuit que peut encore emprunter cet argent.
Dans certains corridors africains, les paiements transfrontaliers peuvent encore nécessiter une devise de règlement intermédiaire, notamment le dollar ou l'euro, ainsi que des intermédiaires bancaires situés hors du continent. Ces mécanismes ajoutent des opérations de change, des coûts de correspondance bancaire et des délais supplémentaires. Le problème n'est donc pas seulement celui du transfert d'une monnaie à une autre, mais aussi celui de l'infrastructure utilisée pour effectuer et régler la transaction.
Ce fonctionnement contribue à maintenir les coûts à un niveau élevé. L'Afrique subsaharienne reste la région la plus chère au monde pour recevoir des transferts de fonds. En 2024, le coût moyen d'un transfert s'élevait à 8,16 % du montant envoyé, soit 1,9 point de plus que la moyenne mondiale. Certains pays, comme l'Angola avec un coût moyen de 12,78 % en 2023, illustrent l'ampleur que peut prendre cette ponction.
Le Système panafricain de paiement et de règlement, conçu par Afreximbank en collaboration avec l'Union africaine et le secrétariat de la ZLECAf, propose une réponse directe à ce problème. Il permet d'effectuer des paiements transfrontaliers en monnaies locales africaines et vise à réduire les coûts et les complexités liés aux opérations de change et aux intermédiaires traditionnels. Depuis l'adhésion de la Banque des États de l'Afrique centrale le 9 juillet 2026, le système couvre désormais 28 pays et réunit plus de 190 banques et fintechs, appuyées par 16 systèmes de paiement.
L'entrée de la BEAC ouvre potentiellement l'accès au système à six pays représentant plus de 72 millions d'habitants. Mais cette adhésion institutionnelle ne se traduit pas immédiatement en service disponible pour l'utilisateur final. Le PAPSS et la BEAC doivent encore travailler ensemble jusqu'à la fin de l'année 2026 pour intégrer progressivement les institutions financières de la région et préparer le déploiement des services auprès des entreprises et des particuliers.
L'écart entre l'infrastructure et le service accessible
Ce délai révèle une réalité souvent négligée dans la communication institutionnelle autour du PAPSS. La connexion d'une banque centrale au système ne dispense pas les banques commerciales, les fintechs et les autres institutions financières de se raccorder elles-mêmes, puis de construire des produits accessibles à des tarifs réellement compétitifs. Entre l'annonce d'une adhésion et la possibilité, pour un commerçant ou un particulier, d'envoyer de l'argent à moindre coût vers un pays voisin, plusieurs étapes techniques et commerciales restent à franchir.
Le PAPSS a été construit pour répondre précisément au problème des paiements transfrontaliers fragmentés. Son fonctionnement permet à un émetteur de donner un ordre de paiement dans sa monnaie locale, tandis que le bénéficiaire reçoit les fonds dans sa propre monnaie locale. Le système réduit ainsi les coûts et les complexités liés au change et aux circuits de correspondance bancaire traditionnels. Son mécanisme de règlement prévoit toutefois un règlement des positions nettes en devise forte par l'intermédiaire d'Afreximbank.
Le succès de cette infrastructure ne se mesurera pas au nombre de pays formellement connectés, mais à la capacité des opérateurs locaux à transformer cet accès institutionnel en produits concrets, accessibles au commerçant qui souhaite envoyer l'équivalent de 200 dollars à un parent dans un pays voisin. Tant que cette dernière étape ne sera pas franchie à grande échelle, le paiement mobile africain continuera de briller à l'intérieur des frontières nationales tout en restant coûteux dès qu'il doit les traverser.

Par Pistis Kayembe


