La réforme du change engagée en octobre 2026 vise à mieux capter les devises minières et à imposer la monnaie nationale dans les transactions intérieures. Sa réussite dépendra de la stabilité du franc.
La Banque centrale du Congo (BCC) a engagé en octobre 2026 une réforme de la réglementation du change qui raccourcit les délais de rapatriement des recettes d'exportation, envisage la cession à la BCC d'une partie des dollars rapatriés et impose le règlement en francs congolais des contrats de sous-traitance minière ainsi que de certaines dépenses courantes. Elle poursuit deux objectifs, mieux capter les devises générées par les exportations minières et renforcer l'usage de la monnaie nationale dans l'économie intérieure.
Les chiffres présentés par le gouverneur André Wameso à Kolwezi expliquent cette démarche. Entre 2023 et 2025, les exportations ont atteint 93,2 milliards de dollars, contre 54,4 milliards de rapatriements déclarés, soit un écart de 38,8 milliards, alors que les dépôts bancaires en devises n'ont progressé que de 3,8 milliards. Cet écart ne correspond pas nécessairement à des fonds soustraits au circuit national, une partie pouvant servir à régler des dépenses à l'étranger, mais il justifie aux yeux de la BCC un suivi plus strict des flux issus des exportations.
Des dollars retenus, mais pour quel usage
Garder davantage de devises dans le pays ne garantit pas leur transformation en investissements productifs. Cette conversion dépend de la capacité des circuits bancaires, des mécanismes de financement et du marché des changes à orienter ces ressources vers des activités économiques durables, ce que le seul rapatriement ne suffit pas à assurer.
L'obligation de régler en francs congolais certains contrats et dépenses courantes soulève une autre difficulté. Les entreprises doivent utiliser la monnaie nationale pour leurs opérations intérieures, alors que leurs équipements importés, leurs dettes et plusieurs contrats internationaux restent exposés au dollar. Ce décalage entre la monnaie de leurs recettes, de leurs dépenses et de leurs engagements peut compliquer la gestion de leur trésorerie.
Le risque d'un excès de liquidités
La crédibilité de la réforme dépend aussi de la maîtrise des équilibres monétaires. L'achat de plusieurs milliards de dollars contre des francs congolais pourrait injecter d'importantes liquidités dans l'économie et alimenter des tensions inflationnistes si elles ne sont pas absorbées. Les bons BCC, qui permettent à la banque centrale d'éponger l'excédent de monnaie en circulation, et l'efficacité des autres instruments de régulation seront déterminants pour contenir ce risque.
Du côté des ménages, payer son loyer, ses frais scolaires ou ses soins de santé en francs congolais ne suffira pas à rétablir la confiance. Cela suppose que les revenus couvrent les dépenses courantes et que les prix restent suffisamment prévisibles. Une monnaie peut être imposée dans les transactions sans devenir pour autant une réserve de valeur que les agents économiques choisissent de conserver.
Les entreprises, enfin, attendent des règles claires et stables. Les délais de rapatriement, les conditions de conversion des devises et les modalités de règlement des sous-traitants doivent leur permettre de planifier leurs engagements sans multiplier les risques de change. Une réglementation se juge autant à sa capacité de concilier les objectifs monétaires de l'État avec les contraintes de l'activité qu'aux obligations qu'elle fixe.
La RDC ne réduira donc pas sa dépendance au dollar par la seule contrainte réglementaire. Le test de la réforme se jouera moins sur le volume de devises rapatriées que sur la stabilité du franc congolais et l'évolution des prix, qui détermineront si les opérateurs et les ménages acceptent de s'en servir sans y être contraints.

Par Pistis Kayembe


