Depuis plusieurs semaines, certains forfaits internet de 1 gigaoctet proposés à Kinshasa ont changé de nature sans que cette évolution ait fait l’objet d’une explication publique claire. Des abonnés ont constaté que des forfaits autrefois utilisables pendant une période complète de 24 heures peuvent désormais expirer à 23h59 le jour de leur activation. Un changement qui peut sembler technique, mais qui modifie concrètement le temps dont dispose le consommateur pour utiliser les données qu’il a achetées.
Aucune communication publique clairement identifiable des opérateurs concernés ne semble avoir accompagné cette évolution. Les abonnés l’ont surtout découverte au moment de leur consommation, en constatant que des données achetées en soirée pouvaient disparaître quelques heures plus tard. Raïssa Peta, rencontré à la Gombe, résume cette situation en évoquant une contrainte supplémentaire dans la gestion quotidienne de sa consommation. La question reste donc entière sur les raisons précises de cette modification et sur les conditions dans lesquelles elle a été décidée.
Face à cette nouvelle contrainte, certains abonnés se tournent vers des formules à validité plus longue, notamment celles valables 72 heures. Ce déplacement n’est pas neutre sur le plan économique. Plus la fenêtre d’utilisation se resserre, plus le consommateur risque de perdre une partie de son volume avant de pouvoir l’utiliser. Il peut alors être tenté de choisir une offre plus longue et potentiellement plus coûteuse.
Rien ne permet aujourd’hui d’affirmer que la modification poursuit volontairement un objectif commercial. Mais son effet mérite d’être observé. Si une durée plus courte conduit régulièrement les abonnés vers des forfaits à validité plus longue, la modification produit mécaniquement un effet favorable aux offres de plus grande valeur. La question n’est donc pas d’accuser les opérateurs d’une stratégie qui n’est pas démontrée, mais de demander pourquoi cette nouvelle règle existe et à qui elle profite concrètement.
Le contrôle citoyen qui laisse une question de côté
En août, le Parlement des étudiants a mené un contrôle citoyen auprès de l’ARPTC et des principaux opérateurs. Son président, André Kakubu, a notamment salué la mise en place d’une Task Force consacrée au suivi de la qualité des services ainsi que l’acquisition de nouveaux équipements de contrôle par le régulateur. Cette démarche porte principalement sur les problèmes de connexion, d’appels et de stabilité des réseaux.
C’est précisément ici que le débat mérite d’être élargi. Le contrôle citoyen a permis de faire remonter des préoccupations liées à la qualité des réseaux, mais les informations rendues publiques ne montrent pas que la question précise de la durée de validité des forfaits ait reçu une réponse. Or pour l’abonné, ces deux sujets sont différents. Une mauvaise connexion empêche d’utiliser le forfait. Une expiration plus rapide réduit le temps pendant lequel il peut le faire.
Le régulateur entre qualité du service et pratiques commerciales
La Task Force annoncée par l’ARPTC semble d’abord orientée vers le suivi de la qualité des services. La question de la durée de validité des forfaits relève cependant d’un autre registre. Elle touche aux conditions commerciales appliquées au consommateur et à la manière dont la durée d’utilisation d’un volume de données est définie. Ces deux dimensions peuvent se croiser, mais elles ne répondent pas nécessairement aux mêmes mécanismes de contrôle.
Pour un utilisateur qui achète un gigaoctet de données, la question est finalement très simple. Combien de temps peut il réellement utiliser ce qu’il vient de payer ? Cette interrogation est d’autant plus légitime que les offres ne présentent pas nécessairement les mêmes durées selon les formules et les opérateurs. Le consommateur a donc besoin d’une information claire, visible et compréhensible avant l’achat.
Tant que les opérateurs concernés n’auront pas expliqué clairement les raisons de ces changements de validité et que le régulateur n’aura pas précisé le cadre applicable, le doute continuera de peser sur la relation entre les abonnés et les opérateurs. Le contrôle citoyen d’août a permis de remettre la qualité des télécommunications au centre du débat. Il reste désormais à savoir si les conditions commerciales des forfaits internet feront elles aussi l’objet du même niveau d’attention.

Par Pistis Kayembe


