Le crédit coûte moins cher dans la CEMAC, du moins si l'on regarde la moyenne régionale. Au deuxième trimestre 2026, le taux effectif global (TEG) est revenu à 10,94 %, contre 12,36 % trois mois plus tôt, selon le rapport sur la politique monétaire de la BEAC. La baisse est nette, mais sa composition en dit plus que son ampleur.
Le taux nominal moyen n'a reculé que de 0,16 point, de 7,39 % à 7,23 %, alors que le TEG a perdu 1,42 point. Selon notre calcul à partir des chiffres de la BEAC, environ 1,26 point de la baisse provient donc des charges et commissions, soit près de 90 % du recul. Le prix du crédit ne se résume pas au taux affiché dans une offre bancaire, et c'est sur les frais que le mouvement s'est joué.
Leur poids est important. À l'échelle de la CEMAC, le taux nominal représente 63,4 % du TEG moyen et les charges et commissions 36,6 %. Pour l'emprunteur, la différence n'a rien de secondaire, car le coût d'un financement se construit dans l'ensemble de ses conditions et pas uniquement dans le chiffre placé devant le symbole du pourcentage.
La baisse a profité à toutes les catégories d'emprunteurs, mais elle ne change pas leur position relative. Les particuliers supportent un TEG moyen de 15,48 %, contre 17,19 % au premier trimestre, soit un recul de 1,71 point. Les grandes entreprises sont à 10,36 %, contre 11,82 %, soit un recul de 1,46 point. L'écart entre les deux catégories s'établit à 5,12 points, contre 5,37 points trois mois plus tôt, et ne s'est donc resserré que de 0,25 point. Le crédit destiné aux ménages coûte ainsi environ 49 % plus cher que celui des grandes entreprises.
Les autres catégories se situent entre ces deux pôles. Les PME affichent un TEG moyen de 10,97 %, soit 0,61 point de plus que les grandes entreprises, tandis que les autres personnes morales sont à 14,84 %. Les administrations publiques bénéficient du coût le plus faible, à 10,22 %, contre 13,77 % au trimestre précédent.
Les frais n'expliquent pas pour autant l'écart entre particuliers et grandes entreprises. Les charges et commissions représentent 31,2 % du TEG des particuliers, contre 42,4 % pour les grandes entreprises. Le coût plus élevé du crédit aux ménages ne peut donc pas être attribué, sur la seule base du rapport, à des frais annexes plus importants. Le niveau du taux nominal et les conditions propres à chaque catégorie y contribuent également.
La géographie ajoute un second écart. Avec un TEG moyen de 21,51 %, le Gabon se situe très loin des 8,31 % observés au Cameroun, soit un coût environ 2,6 fois supérieur selon notre calcul. Entre les deux se placent la République centrafricaine à 14,36 %, la Guinée équatoriale à 13,82 %, le Congo à 10,00 % et le Tchad à 8,47 %. La moyenne régionale rassemble ainsi des réalités nationales très différentes.
Ces écarts tiennent en partie à la structure du coût. Au Gabon, les charges et commissions représentent 63,85 % du TEG, contre 18,33 % au Cameroun. Selon notre calcul, cela correspond à environ 13,7 points de frais au Gabon et 1,5 point au Cameroun, avec des taux nominaux plus proches, autour de 7,8 % et 6,8 %. L'essentiel de la différence entre les deux pays vient donc des frais.
Le rapport ne précise pas si la baisse du deuxième trimestre est durable. Un coût du crédit qui recule par les frais plutôt que par le taux relève davantage des pratiques tarifaires des banques que du mouvement des taux, et rien n'indique pour l'instant qu'il se maintiendra.
Les prochaines publications de la BEAC permettront de voir si la baisse des charges et commissions se confirme, et si l'écart entre particuliers et grandes entreprises, de 5,12 points au deuxième trimestre, continue de se réduire.

Par Pistis Kayembe


