À partir du 2 novembre, les transferts de monnaie électronique entre particuliers au sein de l'UEMOA devront passer par la plateforme PI-SPI, a annoncé la BCEAO dans un communiqué publié le 2 octobre. L'institution y ajoute une gratuité à l'envoi sous 8 000 FCFA par jour, que les usagers accueilleront sans peine. Pour les opérateurs, la mesure a des conséquences plus lourdes qu'il n'y paraît.
Le mécanisme est simple. Un transfert national envoyé par une personne physique sera gratuit tant que le montant cumulé de la journée ne dépasse pas 8 000 FCFA par utilisateur et par participant, sans limite sur le nombre d'opérations. À la réception, la gratuité sera totale, sans plafond de montant ni de fréquence. Le périmètre est large, puisqu'il couvre les transferts entre comptes tenus par des banques ou des institutions de microfinance et comptes ouverts auprès d'établissements de monnaie électronique ou de paiement, ainsi que les opérations directes entre ces deux dernières catégories.
Ce seuil n'a rien d'anecdotique. Selon la Banque centrale, il couvre environ 75 % des transactions de monnaie électronique réalisées dans l'Union. Autrement dit, la gratuité ne touche pas une marge de l'activité mais l'essentiel des opérations courantes, celles des petits montants que les populations échangent chaque jour.
C'est là que se loge la question économique. En rendant ces transferts gratuits à l'envoi tout en imposant leur passage par un même rail, la BCEAO peut priver les opérateurs d'une partie de leurs revenus sur l'essentiel des opérations.
Au-delà de 8 000 FCFA, les prestataires pourront appliquer des frais compris entre 0 % et 0,8 % du montant hors taxes. La marge existe, mais elle porte sur des transferts moins nombreux. Rien ne permet, dans les éléments publiés, de dire si ces opérations suffiront à compenser ce qui disparaît en dessous du seuil.
L'obligation elle-même mérite d'être regardée de près. Lancée le 30 septembre 2025, la plateforme compte 175 participants connectés et donne accès aux paiements instantanés à plus de 38 millions de personnes, selon la BCEAO. Ces chiffres décrivent pourtant une capacité d'accès, non un niveau d'usage, et l'obligation laisse penser que l'adoption volontaire n'allait pas assez vite.
Le calendrier annoncé va plus loin. Les mêmes conditions tarifaires s'appliqueront aux transferts entre États membres à compter du 1er juin 2027, avec gratuité à l'envoi dans la limite du seuil et gratuité intégrale à la réception. L'Union monétaire se dote ainsi d'un espace de paiement où envoyer de l'argent à un proche d'un autre pays coûtera aussi peu que de l'envoyer dans sa propre ville, dans la limite du seuil quotidien.
Plusieurs points restent à éclaircir. Aucun volume de transactions n'a été publié, le seuil de 75 % provient de la seule Banque centrale, et l'on ignore encore comment les opérateurs rééquilibreront leurs revenus.
La décision du 2 octobre fixe le cadre et l'échéance du 2 novembre. C'est après cette date que l'on pourra mesurer l'adoption réelle de la plateforme, du côté des clients comme de celui des opérateurs.

Par Pistis Kayembe


