Économie

Le vide laissé par les banques européennes profite-t-il vraiment aux groupes africains ?

Un chiffre suffit parfois à faire vaciller tout un récit. En un an, United Bank for Africa a vu la contribution de ses filiales hors Nigeria bondir de 44% à 77% de son résultat net, selon les données publiées par l'agence Fitch Ratings le 14 septembre. À première vue, cette progr

Un chiffre suffit parfois à faire vaciller tout un récit. En un an, United Bank for Africa a vu la contribution de ses filiales hors Nigeria bondir de 44% à 77% de son résultat net, selon les données publiées par l'agence Fitch Ratings le 14 septembre. À première vue, cette progression ressemble à une conquête. Mais un détail glissé dans le même rapport change la lecture, une partie de cette envolée tiendrait moins à la performance des activités internationales qu'à un net ralentissement des opérations menées au Nigeria même. La forte progression affichée à l'étranger pourrait ainsi masquer, en creux, un ralentissement chez soi.

D'autres groupes nigérians dessinent une trajectoire plus lente, qui trahit une stratégie pensée dans la durée plutôt qu'un simple effet de rattrapage conjoncturel. Chez Access Bank, le poids des activités menées hors des frontières nationales est passé de 30% à 48% du résultat net entre 2021 et 2025, tandis que leur part dans le total des actifs du groupe a grimpé de 23% à 51% sur la même période. Zenith Bank suit une pente comparable, ses opérations à l'étranger ayant vu leur contribution au bénéfice avant impôt doubler en un an, passant de 13,5% à 26,3%. Cette progression étalée dans le temps tranche avec le sursaut brutal d'UBA, et montre deux logiques d'expansion bien distinctes derrière un même discours d'internationalisation.

Fuir l'instabilité plutôt que conquérir de nouveaux marchés

L'agence de notation souligne d'ailleurs que cette diversification peut aussi répondre à une logique défensive. Le Nigeria, l'Afrique du Sud et le Kenya ont connu des soubresauts économiques à répétition ces dernières années, poussant les groupes bancaires les plus exposés à chercher un point d'appui ailleurs. Fitch rappelle par ailleurs que la note de crédit de plusieurs de ces groupes reste pénalisée par leur dépendance à la santé financière de leur propre État. Vu sous cet angle, se développer sur des marchés étrangers relève autant d'une ambition de croissance que d'un mécanisme de protection contre un terrain domestique jugé trop instable pour porter seul la valeur du groupe.

Un exemple mérite d'être isolé plutôt que noyé dans la masse des chiffres nigérians. Les groupes bancaires marocains empruntent le chemin inverse, réduisant leur exposition à l'étranger faute d'occasions d'acquisition suffisamment intéressantes, tout en s'appuyant sur une économie nationale qui, elle, se porte bien. Ce contraste ouvre une question que peu osent poser franchement, l'expansion hors frontières est-elle vraiment l'unique gage de solidité pour une banque africaine, ou un marché domestique stable peut-il constituer, à lui seul, une stratégie tout aussi défendable.

L'appétit pour les rachats transfrontaliers illustre concrètement cette dynamique. Access Bank a par exemple pris le contrôle de 76% d'AfrAsia Bank à l'île Maurice l'été dernier, une banque dont le bilan pesait alors 6,9 milliards de dollars. Fitch anticipe que ce type d'opération pourrait se multiplier, à mesure que plusieurs pays africains relèvent leurs exigences en matière de fonds propres, une évolution réglementaire susceptible de favoriser les opérations de consolidation et d'inciter les établissements les mieux capitalisés à racheter leurs concurrents plutôt qu'à simplement croître de manière organique.

Le rapport évoque aussi, sans s'y attarder, le vide laissé par le retrait progressif de certaines banques européennes du continent, en particulier en Afrique de l'Ouest francophone, un espace que les groupes africains occupent désormais. Une question demeure ouverte, cette percée relève-t-elle d'une stratégie mûrement anticipée, ou profite-t-elle simplement d'un boulevard laissé libre par d'autres, ce qui ne revient pas au même en matière de solidité stratégique.

Au bout du compte, le rapport de Fitch invite à décomposer un récit trop souvent présenté comme un mouvement homogène. Certains groupes construisent une diversification patiente et maîtrisée, capable de réellement alléger leur dépendance à un seul marché national. D'autres affichent des performances internationales spectaculaires qui doivent aussi à la fragilité de leur socle domestique, une nuance que les prochains rapports de l'agence permettront peut-être de préciser à mesure que ces trajectoires continueront de diverger.

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