Économie

La RDC cherche des capitaux, mais son architecture institutionnelle hésite

Un an après avoir présenté un dossier d'agrément presque finalisé pour une Banque de développement, la RDC vient d'en annoncer une autre. Le ministre des Infrastructures et travaux publics, John Banza, a présenté vendredi dernier, lors de la 98e réunion ordinaire du Conseil des m

Un an après avoir présenté un dossier d'agrément presque finalisé pour une Banque de développement, la RDC vient d'en annoncer une autre. Le ministre des Infrastructures et travaux publics, John Banza, a présenté vendredi dernier, lors de la 98e réunion ordinaire du Conseil des ministres tenue à Kinshasa sous la présidence de Félix Tshisekedi, un projet de Banque de développement des infrastructures. L'objectif affiché est de créer un instrument capable de transformer les priorités publiques en projets techniquement, juridiquement et financièrement finançables, en mobilisant des capitaux publics, privés et internationaux de long terme. Une task force interministérielle, coordonnée par les ministères des Finances et des Infrastructures, doit désormais préciser cette architecture.

Cette annonce n'est pourtant pas la première du genre. En juillet 2025, un autre projet de Banque de développement avait déjà été présenté au Conseil des ministres, cette fois porté par le ministère des Finances. Son dossier d'agrément était alors présenté comme presque finalisé, à l'exception notamment du capital social, estimé à 150 millions de dollars, et du siège. Le schéma envisagé prévoyait de faire de cette banque une filiale de la future Caisse des dépôts et consignations. Un peu plus d'un an plus tard, un ministre différent présente un projet distinct, sans qu'aucune source disponible ne précise ce qu'il est advenu de cette première initiative.

Le diagnostic économique qui sous-tend le nouveau projet reste, sur le fond, difficilement contestable. Les routes, centrales électriques, ouvrages hydrauliques ou grands corridors nécessitent des investissements importants, des maturités longues et une préparation technique approfondie, des caractéristiques qui correspondent mal au modèle des banques commerciales, dont les ressources proviennent essentiellement de dépôts et dont la gestion prudentielle limite la prise de risques longs et concentrés. Une banque de développement peut, en théorie, intervenir en amont, dans les études de faisabilité, la structuration financière ou la combinaison de plusieurs sources de financement.

Ce diagnostic rejoint d'ailleurs les réformes déjà engagées avec le Fonds monétaire international, dont le programme conclu avec la RDC prévoit un renforcement de la gestion des investissements publics, à travers de meilleures études de faisabilité, une estimation plus rigoureuse des coûts et une évaluation préalable des risques. Le FMI insiste également sur la transparence et l'efficacité dans l'utilisation des ressources consacrées aux infrastructures, des exigences qui s'appliqueraient tout autant à une nouvelle banque de développement qu'au projet précédent.

Une architecture institutionnelle qui reste à clarifier

La coexistence de ces deux projets pose une question que la dépêche elle-même laisse ouverte, celle de l'articulation entre l'architecture envisagée en 2025, adossée à la future Caisse des dépôts et consignations, et celle proposée aujourd'hui par le ministère des Infrastructures. Rien n'indique, à ce stade, si le nouveau projet remplace le précédent, s'en inspire, ou s'ajoute à un dispositif institutionnel déjà annoncé mais jamais opérationnalisé.

Ce contexte institutionnel encore flou coexiste avec un intérêt déjà manifesté par des acteurs privés pour les mêmes secteurs. En mars 2026, Standard Bank avait engagé des discussions avec le ministère des Infrastructures autour du financement de projets dans les transports, l'énergie et d'autres équipements économiques, avec l'idée de constituer des équipes techniques chargées d'identifier les projets prioritaires. La question de la complémentarité, ou de la concurrence, entre une future banque publique et ce type d'initiative privée reste elle aussi à préciser.

Au-delà de sa création juridique, la capacité de cette nouvelle institution à attirer des capitaux dépendra de la qualité des projets qu'elle pourra présenter aux investisseurs, de ses règles de gouvernance, de son indépendance dans l'évaluation des risques et de la discipline appliquée à ses décisions de financement. Ce sont précisément les critères sur lesquels le projet de 2025 n'a, à notre connaissance, jamais eu l'occasion de démontrer son efficacité, faute d'avoir abouti à une institution opérationnelle.

La task force annoncée par John Banza Lunda constitue ainsi le véritable test de cette nouvelle tentative. Le précédent projet disposait, lui aussi, d'un dossier d'agrément avancé et d'une architecture institutionnelle précise, sans que cela suffise à le faire aboutir. Pour la RDC, la question posée par cette nouvelle annonce n'est donc pas seulement de savoir si le pays a besoin d'une banque de développement des infrastructures, un besoin que le diagnostic économique confirme, mais de savoir si cette nouvelle task force parviendra là où la précédente initiative semble, pour l'instant, être restée sans suite.

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