Économie

La BEAC veut mettre fin à la guerre des portefeuilles mobiles

La Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) a dévoilé fin juillet un instrument a ppelé à changer le quotidien des commerçants de la sous-région. Un code QR unique, valable dans les six pays de la CEMAC quel que soit l'établissement bancaire ou l'opérateur mobile utilisé par

La Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) a dévoilé fin juillet un instrument a ppelé à changer le quotidien des commerçants de la sous-région. Un code QR unique, valable dans les six pays de la CEMAC quel que soit l'établissement bancaire ou l'opérateur mobile utilisé par le client. Derrière cette annonce technique se dessine une ambition plus large, celle de mettre de l'ordre dans un écosystème de paiement électronique encore trop morcelé.

C'est le gouverneur Yvon Sana Bangui qui a porté cette annonce, dans la capitale économique camerounaise. Le dispositif, baptisé code QR de paiement interopérable de la CEMAC, a été développé conjointement avec le Groupement interbancaire monétique de l'Afrique centrale. Son principe tient en une phrase simple. Un commerçant n'aura plus besoin de multiplier les terminaux ou les affichages selon la banque ou le portefeuille mobile de son client, un seul code suffira pour encaisser n'importe quel paiement électronique. La BEAC prévoit d'en déployer cent vingt mille exemplaires auprès des commerçants et prestataires de services de la région, où les terminaux physiques restent rares.

Ce choix du QR code plutôt que d'un nouvel équipement matériel n'est pas anodin. Il permet de contourner l'un des principaux obstacles à la bancarisation numérique en Afrique centrale, le coût et la disponibilité des infrastructures de paiement. Là où l'installation d'un terminal électronique classique suppose un investissement et une maintenance, un code QR s'imprime et s'affiche sans contrainte technique lourde. Pour les petits commerçants, souvent exclus des circuits électroniques faute d'équipement adapté, cette simplicité pourrait ouvrir la porte à une inclusion financière plus large.

L'enjeu dépasse toutefois la seule commodité. En imposant un standard commun à l'ensemble des acteurs, banques, établissements de paiement et opérateurs de monnaie mobile, la BEAC cherche avant tout à assainir un marché où la multiplication des solutions propriétaires freinait la confiance et la lisibilité des transactions. Chaque opérateur ayant développé ses propres outils, l'utilisateur final se retrouvait souvent contraint de jongler entre plusieurs applications, plusieurs codes, plusieurs procédures. L'harmonisation portée par ce nouveau standard vise à réduire cette confusion et, avec elle, les risques de fraude ou d'erreurs de paiement liés à la dispersion des systèmes.

Les chiffres publiés par la banque centrale donnent la mesure de l'enjeu. Selon son dernier rapport sur les services de paiement, près de 95 % des opérations enregistrées en 2024 dans la zone CEMAC ont été réalisées en monnaie électronique, soit 3,74 milliards de transactions pour une valeur cumulée avoisinant 32 000 milliards de francs CFA, environ 49 milliards d'euros. Un tel volume, concentré sur des canaux numériques encore hétérogènes, explique pourquoi la banque centrale a fait de la standardisation une priorité. Sans cadre commun, la croissance rapide des usages risquait de renforcer la fragmentation plutôt que de la résorber.

Cette réforme s'inscrit également dans une trajectoire plus vaste d'intégration financière régionale. Quelques semaines avant le lancement du QR code interopérable, la BEAC avait rejoint le Pan-African Payment and Settlement System, un système conçu pour fluidifier les paiements transfrontaliers en monnaies locales et réduire la dépendance aux devises étrangères dans les échanges intra-africains. Les deux initiatives se complètent naturellement. L'une organise les paiements à l'intérieur de la zone CEMAC, l'autre facilite les transactions entre pays africains. Ensemble, elles esquissent une architecture de paiement plus cohérente, où l'assainissement des pratiques locales devient la condition préalable à une meilleure connexion avec les marchés voisins.

Pour les banques et les fintech opérant dans la sous-région, l'harmonisation portée par la BEAC représente aussi un gain concret. L'adoption d'un standard unique réduit les coûts d'intégration technique et allège les démarches nécessaires au lancement de nouveaux services de paiement. Un avantage non négligeable dans un secteur où l'innovation se heurte souvent à la complexité réglementaire et technique propre à chaque marché national.

Le déploiement de cent vingt mille codes QR constitue une première étape ambitieuse, mais son succès dépendra avant tout de la pédagogie déployée auprès des commerçants et des consommateurs habitués à leurs outils respectifs, ainsi que de la fiabilité technique du système sur la durée. La BEAC a posé les fondations d'un marché plus intégré. La transformation des usages, elle, se jouera sur le terrain.

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