Les pertes liées à la fraude aux paiements numériques au Nigeria ont chuté de 51% en 2025, passant de 52,26 milliards à 25,85 milliards de nairas, selon le NIBSS. Le chiffre circule partout comme la preuve d'un système qui apprend à se défendre. Il mérite pourtant d'être regardé de plus près, car il dit surtout ce qui manquait en 2025 plutôt que ce qui a été gagné.
Le directeur général du NIBSS a expliqué lui-même que le sommet de 2024 tenait en grande partie à un incident unique de 31,1 milliards de nairas, impliquant une seule entité. Le recul de 2025 doit donc se lire à cette lumière. Sur deux ans, la comparaison est plus parlante encore, puisque les pertes de 2025 dépassent d'environ 46% celles de 2023, qui s'élevaient à environ 17,67 milliards de nairas.
Le nombre d'incidents raconte la même histoire, avec moins d'éclat. Il est passé de 70 111 en 2024 à 67 518 en 2025, un recul de l'ordre de 4%, très loin d'une réduction de moitié. Le NIBSS souligne que la valeur des pertes compte davantage que le nombre de cas, et l'exemple de 2024 montre qu'un seul incident peut suffire à faire basculer cette valeur.
Un autre chiffre du NIBSS tempère encore le tableau. Les déclarations de fraude ont reculé d'environ 34% au dernier trimestre de 2025, un phénomène que son directeur juge inacceptable, car il permet à des fraudeurs de passer d'une institution à l'autre sans être repérés. Une fraude qui n'est pas déclarée n'apparaît dans aucune statistique. La baisse affichée est-elle donc, en partie, un effet de mesure plutôt qu'un effet de protection?
La menace que l'invisible ne traite pas
Les solutions présentées par Mastercard décrivent une sécurité qui travaille en coulisses, avec la tokenisation, qui remplace le numéro de carte par un jeton, et un scoring par intelligence artificielle qui attribue un niveau de risque à chaque transaction. Plus de quatre milliards de transactions sont tokenisées chaque mois dans le monde, soit environ 30% du total, avec un objectif de 100% des transactions en ligne d'ici 2030. Ces outils visent avant tout la fraude à la carte sur les paiements sans présentation physique, qui représente 70% des fraudes à la carte selon les données du groupe.
Or la fraude qui pèse le plus au Nigeria ne passe pas forcément par là. Le NIBSS désigne l'ingénierie sociale comme la technique la plus répandue, en particulier l'abus commis par des personnes de l'intérieur, et signale des cas impliquant d'anciens banquiers. Un jeton ne protège pas contre un employé qui connaît les procédures, et un score de risque ne remplace pas un contrôle interne. Le texte de Mastercard admet d'ailleurs que les chiffres du NIBSS ne concernent pas seulement les paiements sans carte.
Le mandat de la Banque centrale du Nigeria de mars 2026, qui impose la surveillance en temps réel des fraudes en entreprise et un renforcement de la vérification d'identité, sert de point d'appui à cette démonstration. Une contrainte pesant sur les banques devient ainsi la vitrine de solutions, du scoring des transactions au contrôle des commerçants, que le groupe propose justement d'installer. Rien d'illégitime là-dedans, mais le lecteur gagne à savoir qui décrit le problème et qui vend la réponse.
Le Nigeria a renforcé ses infrastructures, et des mesures conjointes ont permis d'éviter environ 20 milliards de nairas de pertes en 2025, selon le NIBSS. La question que laissent ces chiffres est donc moins technique qu'organisationnelle, une sécurité entièrement invisible pour le client suffit-elle quand la faille se situe, pour une part importante, du côté de ceux qui font tourner le système?

Par Pistis Kayembe


