Politique

161 établissements de crédit, mais qui possède vraiment les banques de l'UEMOA ?

Le pays le plus isolé diplomatiquement de l'Union est aussi celui dont les nationaux possèdent le plus leur propre système bancaire. Le Burkina Faso, membre de l'Alliance des États du Sahel, affiche 67,6 % de capital bancaire détenu par des intérêts nationaux, un record dans l'UE

Le pays le plus isolé diplomatiquement de l'Union est aussi celui dont les nationaux possèdent le plus leur propre système bancaire. Le Burkina Faso, membre de l'Alliance des États du Sahel, affiche 67,6 % de capital bancaire détenu par des intérêts nationaux, un record dans l'UEMOA, un espace qui compte pourtant 161 établissements de crédit agréés, dont 136 banques et 25 établissements financiers, répartis de façon inégale entre ses huit marchés. La Côte d'Ivoire et le Sénégal concentrent le plus grand nombre d'établissements, avec 33 chacun, suivis du Burkina Faso et du Niger, qui en comptent 20 chacun. Mais derrière cette densité bancaire se cache une question plus discrète que le simple décompte des établissements, celle de savoir à qui appartient réellement leur capital, selon des données de la BCEAO.

C'est précisément sur ce terrain que surgit un contraste que peu d'analyses ont encore relevé. Cette part de 67,6 % repose à la fois sur une participation de l'État à 20,6 % et sur un secteur privé national qui pèse 47 %, porté par des acteurs comme la Banque postale et la Banque Commerciale du Burkina.

Le Niger, deuxième pays de l'AES, confirme cette tendance avec 50,1 % de capital national, quoique selon une configuration différente. La participation de l'État y est plus marquée, à 29,5 %, contre 20,6 % pour les investisseurs privés nationaux, une présence qui s'appuie notamment sur la Société Nigérienne de Banque. Le Mali, troisième membre de l'AES, rompt en revanche avec cette dynamique, avec seulement 38,5 % de capital national et un privé national limité à 10,7 %, ce qui le classe au sixième rang de l'Union malgré une participation publique de 27,8 %.

Ce classement soulève une question que la seule lecture politique de l'AES ne permet pas de poser. Un espace régional dépeint comme fragilisé par sa rupture avec la CEDEAO abrite, dans deux de ses trois membres, les niveaux de propriété bancaire nationale les plus élevés de toute l'Union. La souveraineté financière, mesurée ici par la structure du capital bancaire, ne suit donc pas nécessairement la même trajectoire que la souveraineté politique affichée.

Un contrepoint ivoirien qui inverse la logique attendue

La Côte d'Ivoire offre un contraste presque inverse. Premier marché bancaire de l'Union par le nombre d'établissements, le pays affiche pourtant l'un des taux de participation étatique les plus faibles, à seulement 15,2 % du capital. Les investisseurs privés nationaux y détiennent 29,2 %, portant la part totale d'intérêts nationaux à 44,4 %, un niveau honorable mais nettement inférieur à celui du Burkina Faso. Le pays le plus intégré au commerce régional et le plus doté en établissements bancaires n'est donc pas celui où l'État choisit de peser le plus sur la propriété de son secteur financier.

Le Togo se situe dans une position intermédiaire, avec 49,1 % de capital national, porté davantage par le privé, à 29,3 %, que par l'État, à 19,8 %. Le Sénégal, à 38,6 %, et le Bénin, à 34,2 %, occupent des positions proches, avec des équilibres public-privé variables mais aucun ne s'approchant du niveau burkinabè.

C'est à l'autre extrémité de ce classement que le contraste avec l'AES prend tout son relief. La Guinée-Bissau ne recense aucun capital public dans ses établissements de crédit en 2025, et les investisseurs privés nationaux n'y détiennent que 13,6 % du capital. Sur les 72,6 % de capital privé présents dans le système bancaire bissau-guinéen, une fraction seulement revient à des intérêts nationaux, le reste appartenant à des capitaux extérieurs à l'Union.

À l'échelle de l'UEMOA, les intérêts nationaux détiennent en moyenne 44,1 % du capital des établissements de crédit, un chiffre qui masque des trajectoires radicalement différentes. Cette moyenne place le Burkina Faso très au-dessus, seul marché où les intérêts nationaux détiennent une nette majorité du capital bancaire, et la Guinée-Bissau très en dessous, presque absente de la propriété de son propre système financier. Entre ces deux extrêmes se dessine une carte de la souveraineté bancaire ouest-africaine qui ne recoupe pas toujours celle des alliances politiques régionales, et qui mérite, à ce titre, d'être lue pour elle-même.

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