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Cash-in-transit : à Goma et Beni, l'accès à l'argent devient aussi difficile que l'accès à l'aide

Depuis 2024, la dégradation de la situation sécuritaire à l'Est de la République démocratique du Congo et les changements dans le contrôle territorial ont fortement affecté les conditions d'accès humanitaire et le fonctionnement des marchés et des services financiers. Goma et Ben

Depuis 2024, la dégradation de la situation sécuritaire à l'Est de la République démocratique du Congo et les changements dans le contrôle territorial ont fortement affecté les conditions d'accès humanitaire et le fonctionnement des marchés et des services financiers. Goma et Beni, pôles humanitaires, économiques et logistiques majeurs du Nord-Kivu, concentrent une grande partie de ces perturbations. Derrière les difficultés d'approvisionnement en espèces et les restrictions de retrait déjà documentées, un mécanisme plus discret réduit chaque jour la valeur réelle de l'aide distribuée, celui du taux de change entre le franc congolais et le dollar américain.

Les importantes fluctuations du CDF face à l'USD constituent une contrainte que les documents opérationnels mentionnent souvent en passant, comme un simple facteur d'ajustement budgétaire. Elles jouent pourtant un rôle plus direct. Un montant transféré en dollars et distribué en francs congolais ne conserve pas nécessairement la même valeur entre le moment où le budget est fixé et celui où le bénéficiaire retire concrètement son argent. Cet écart, purement mécanique, peut réduire le pouvoir d'achat réel des personnes déplacées sans qu'aucun acteur humanitaire n'en soit directement responsable, et sans qu'aucune ligne budgétaire ne le corrige automatiquement.

Ce phénomène s'ajoute à une deuxième contrainte, plus visible celle-là, mais tout aussi corrosive pour les budgets des interventions. La perturbation du corridor reliant Goma, Beni et Butembo a eu des répercussions directes sur l'approvisionnement en liquidités de la région. Les contraintes sécuritaires et logistiques affectant la circulation des personnes et des biens ont rendu le transport de fonds plus complexe et plus coûteux, avec des frais de gestion et de transport sécurisé des fonds, communément appelés cash-in-transit, qui peuvent peser davantage sur les opérations.

Ces coûts supplémentaires ne restent pas circonscrits à des lignes comptables internes. Ils peuvent être répercutés sur les budgets opérationnels des acteurs humanitaires, ce qui signifie, concrètement, qu'une dégradation des conditions de circulation peut réduire les ressources disponibles pour les transferts eux-mêmes. La route et la monnaie deviennent ainsi les deux faces d'une même contrainte, l'une matérielle, l'autre monétaire, qui érodent ensemble la capacité d'aide sans qu'aucune des deux ne fasse à elle seule la une des rapports humanitaires.

Une population déjà vulnérable, doublement pénalisée

Ce sont les populations déplacées et vulnérables qui absorbent en dernier lieu ces frictions. L'accès aux services financiers demeure limité pour une partie importante d'entre elles, confrontées à des barrières supplémentaires liées à l'identification, à la disponibilité des points de service et à leur éloignement. Une personne déplacée n'ayant pas conservé ses documents d'identité, ou vivant loin de tout agent Mobile Money encore opérationnel, se retrouve exclue d'un système déjà fragilisé avant même que la question du taux de change ne s'applique à elle.

L'empilement de ces contraintes pose une question rarement posée aussi frontalement, celle de savoir si les budgets humanitaires actuels intègrent réellement la volatilité monétaire comme un facteur de conception, ou s'ils continuent de la traiter comme un imprévu ponctuel. Les variations du taux de change peuvent générer des écarts entre les montants initialement budgétisés et les coûts effectifs des interventions, ce qui suggère qu'une plus grande flexibilité budgétaire ne serait pas un luxe de gestion, mais une condition d'efficacité pour toute intervention prévue dans cette zone.

Cette exigence de flexibilité se heurte cependant à un constat plus structurel. Une meilleure compréhension des capacités et des contraintes des prestataires de services financiers présents dans la région, banques, institutions de microfinance et agents de Mobile Money, apparaît encore nécessaire pour permettre aux acteurs humanitaires d'adapter leurs modalités de transfert. Après plusieurs années de crise continue dans l'Est du pays, cette lacune de cartographie interroge autant que les perturbations elles-mêmes.

La crise sécuritaire du Nord-Kivu a donc généré, en parallèle de son coût humain déjà largement documenté, une érosion financière plus silencieuse qui peut réduire la portée réelle de l'aide sans toujours apparaître clairement dans les bilans d'intervention. La question posée est désormais celle de savoir combien de temps les acteurs humanitaires pourront continuer à budgétiser leurs transferts monétaires comme si le franc congolais et les routes du Nord-Kivu n'étaient que des paramètres secondaires de leurs opérations.

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