Économie

UEMOA : le Sénégal grandit en microfinance, son portefeuille de crédit s'affaiblit

Le Sénégal occupe la première place de la microfinance en zone UEMOA, avec 849,9 milliards de francs CFA de crédits en cours à fin 2025 et plus de 4,7 millions de clients, soit 15,5% de l'ensemble des comptes de microfinance de l'union monétaire. Ce rang a été rappelé le 1er octo

Le Sénégal occupe la première place de la microfinance en zone UEMOA, avec 849,9 milliards de francs CFA de crédits en cours à fin 2025 et plus de 4,7 millions de clients, soit 15,5% de l'ensemble des comptes de microfinance de l'union monétaire. Ce rang a été rappelé le 1er octobre à Dakar par le ministre de la Microfinance et de l'Économie sociale et solidaire Alioune Dione, lors de la 30e session du Comité national de coordination des activités de microfinance. Un chiffre, cité dans la même intervention, mérite pourtant plus d'attention que ce classement régional, celui de la qualité réelle de ce portefeuille de crédit.

Le taux de créances en souffrance s'élevait à 6,0% de l'encours total à fin 2025, le double de la norme prudentielle de 3% fixée par la BCEAO. Ce niveau n'a rien d'un accident isolé, il prolonge une dégradation déjà amorcée l'année précédente, où ce même taux atteignait 7,21% à fin décembre 2024, contre un volume d'impayés passé de 33,90 à 55,80 milliards de francs CFA entre 2023 et 2024.

Une dégradation qui se poursuit en 2026

Les données les plus récentes, portant sur le deuxième trimestre 2026, confirment cette tendance plutôt qu'elles ne la contredisent. Selon un rapport distinct sur la situation du secteur, le taux de créances en souffrance atteignait 7,7% à cette période, en hausse de 0,6 point sur trois mois, pendant que l'encours total de crédit progressait à 887,4 milliards de francs CFA, soit une croissance annuelle de 9,8%. Le secteur grandit donc tout en voyant la qualité de son portefeuille de crédit se dégrader, un rythme d'octroi de crédit qui dépasse celui de l'amélioration du recouvrement.

Cette coexistence entre croissance et fragilisation du portefeuille n'est pas propre à une seule session ou à un seul chiffre cité en passant, elle traverse l'ensemble des indicateurs disponibles sur les deux dernières années, ce qui change la nature du problème. Il ne s'agit pas d'un indicateur ponctuellement mauvais, mais d'une tendance de fond que la communication institutionnelle, concentrée sur le rang régional du Sénégal, mentionne sans toujours lui donner le relief qu'elle mérite.

Ce que la coordination appelée par le ministre devrait d'abord viser

Alioune Dione a appelé à une \"coordination institutionnelle\" entre l'État et les partenaires techniques et financiers, la qualifiant d'\"impératif d'efficacité absolue\" dans un contexte de raréfaction des ressources, pour que \"chaque franc investi produise un impact réel au bénéfice des populations\". Cet appel prend tout son sens à la lumière de la trajectoire du taux de créances en souffrance, une coordination qui ne s'attaquerait pas directement à la qualité du portefeuille de crédit manquerait l'essentiel du problème que le secteur traverse depuis au moins deux ans.

Le Sénégal a voté en 2025 une loi destinée à renforcer la transparence et la sécurité du secteur, et le ministre invite désormais les institutions à s'y conformer. Le Pacte pour l'inclusion financière universelle, cité comme une réussite ayant mobilisé environ 12 milliards de francs CFA en quelques mois, représente, rapporté à l'encours total de 887,4 milliards, environ 1,4% de l'ensemble, un montant qui garde son utilité propre sans pouvoir, à cette échelle, constituer une réponse structurelle à la dégradation du portefeuille.

Le directeur général du Crédit mutuel du Sénégal, Amadou Jean Jacques Diop, a rappelé que le financement durable n'est plus une option pour les institutions de microfinance, mais une condition de leur résilience. Au regard de la trajectoire des deux dernières années, cette résilience semble d'abord suspendue à la capacité du secteur à enrayer la dégradation de son portefeuille de crédit, avant même de discuter des nouveaux financements destinés à soutenir sa croissance.

Articles similaires

ÉconomieDédollarisation : sous-traitants miniers payés en francs congolais, ce que la BCC impose désormaisLa réforme du change engagée en octobre 2026 vise à mieux capter les devises minières et à imposer la monnaie nationale dans les transactions intérieures. Sa réussite dépendra de la stabilité du franc. La Banque centrale du Congo (BCC) a engagé en octobre 2026 une réforme de la rÉconomiePaiements numériques africains, Mastercard alerte sur le risque qui menace les 1 500 milliards de dollarsAlors que l'usage du mobile money et de la banque en ligne s'étend sur le continent, les attaques progressent plus vite qu'ailleurs dans le monde. Les organisations africaines ont subi 69 236 cyberincidents en 2025, soit environ un toutes les huit minutes, selon le livre blanc AfÉconomieMobile money : voici pourquoi la BCEAO autorise désormais des soldes deux fois plus élevésLe relèvement des plafonds de monnaie électronique dans l'Union monétaire ouest africaine (UMOA) ouvre une nouvelle étape pour le mobile money. À partir du 2 novembre 2026, les clients pourront détenir jusqu'à 4 millions FCFA auprès d'un même émetteur, contre 2 millions auparavanÉconomieAu Sénégal, les commerçants contournent les banques pour payer leurs fournisseurs chinoisDes commerçants sénégalais se tournent de plus en plus vers Alipay et WeChat Pay pour régler leurs fournisseurs chinois, selon une enquête récente. Un importateur dakarois, qui témoigne sous un nom d'emprunt, estime qu'un virement de 3 000 euros (environ 1 968 000 FCFA) peut lui