Le Cameroun capte 65,1 % du volume et près de 57 % de la valeur des transactions de paiement de la CEMAC. Un poids qui fait du pays la référence régionale du mobile money et qui explique pourquoi Wave y engage une bataille tarifaire frontale avec des dépôts gratuits, des retraits gratuits et des transferts à 1 %. Mais derrière cette offensive sur les prix se cache un chiffre que l’opérateur cite lui même presque en passant. Dans la CEMAC, à peine plus d’un tiers des comptes de monnaie électronique sont actifs sur trente jours.
L’expansion du mobile money en Afrique centrale s’est longtemps mesurée en nombre d’inscriptions. Le Cameroun illustre pourtant une réalité plus dérangeante. Ouvrir un compte ne signifie pas l’utiliser. Deux tiers des comptes recensés dans la zone dorment, ce qui interroge sur la solidité réelle de la croissance affichée par les opérateurs depuis une décennie.
Wave parie que la baisse des coûts suffira à transformer ces comptes dormants en comptes actifs. Le raisonnement se tient sur le papier. Il suppose toutefois que le prix constitue le principal frein à l’usage quotidien. Or les petits commerçants cités par le Country Manager de Wave Cameroun raisonnent d’abord en termes de sécurisation des recettes et de gain de temps, bien avant la question tarifaire.
Les femmes actives dans l’informel, les petits entrepreneurs et les commerçants de proximité continuent de travailler majoritairement en espèces. Ce segment reste le moins converti au paiement digital, alors qu’il constitue le cœur battant de l’économie camerounaise. Pourquoi ce public résiste t il davantage que les particuliers aux transferts entre pairs, déjà largement adoptés ?
L’arrivée d’un nouvel opérateur a suffi, selon ses propres dirigeants, à faire bouger les offres existantes avant même son lancement effectif. Ce mouvement défensif des acteurs installés suggère que la concurrence portait jusqu’ici davantage sur la couverture géographique que sur la qualité de l’expérience utilisateur.
Wave revendique 150 000 agents actifs et 25 millions d’utilisateurs mensuels dans onze pays, un capital d’expérience qu’elle dit vouloir adapter aux réalités locales plutôt qu’imposer telle quelle. Cette adaptation reste néanmoins à démontrer sur le terrain précis de l’activation des usages, le point faible identifié par l’ensemble du secteur.
Le nombre de comptes ouverts par Wave au Cameroun dans les prochains mois sera scruté par ses concurrents. Le chiffre qui comptera davantage sera celui des comptes réellement actifs après trente jours, seul indicateur capable de dire si la gratuité change les comportements ou se contente de déplacer des parts de marché entre opérateurs déjà équipés.
La concurrence tarifaire que Wave engage au Cameroun pourrait redistribuer les cartes entre opérateurs sans pour autant résoudre le problème structurel de l’activation. Le marché camerounais du mobile money n’a peut être pas besoin d’un nouvel entrant moins cher, mais d’un premier opérateur capable de convertir durablement l’inscription en usage.

Par Pistis Kayembe


