Le ministère des Finances a publié pour la première fois l’état d’exécution des fonds levés en avril sur les marchés internationaux. Sur les 1,25 milliard de dollars mobilisés, 137 894 270 dollars ont déjà été décaissés vers les aéroports de Kinshasa et Lubumbashi ainsi que vers le barrage de Grand Katende. Un chiffre présenté comme une réponse aux critiques, sans pour autant clore le débat sur le coût réel de l’opération.
Le 7 août, à Kinshasa, le ministère des Finances a rendu publics les premiers chiffres d’exécution de l’Eurobond souscrit par la République démocratique du Congo en avril dernier. Selon le communiqué relayé par Radio Okapi, 137 894 270 dollars ont été décaissés sur les 1,25 milliard levés au printemps auprès des marchés internationaux. L’administration précise que les sommes non encore utilisées sont placées sur des comptes rémunérés, dont les revenus doivent contribuer à réduire le poids des intérêts dus aux investisseurs.
Cette communication intervient plusieurs mois après l’émission, alors que l’opération continue de susciter des interrogations sur son coût et sur le calendrier choisi pour mobiliser ces ressources.
L’émission constitue une première pour le pays. Le 9 avril, la RDC a levé 1,25 milliard de dollars en deux tranches, l’une à six ans et l’autre à onze ans, avec des coupons respectifs de 8,75 % et 9,50 %. La demande des investisseurs a largement dépassé l’offre, avec un carnet d’ordres supérieur à 5,2 milliards de dollars, soit près de quatre fois le montant recherché, porté par plus de cent dix souscripteurs.
Il s’agissait du premier placement obligataire souverain d’un pays primo-émetteur d’Afrique subsaharienne depuis 2019. Le service annuel de cette dette, en intérêts uniquement, avoisine 114,25 millions de dollars.
Les fonds décaissés à ce jour se concentrent sur deux grands projets d’infrastructure. La part la plus importante, soit 89,8 millions de dollars, est destinée à la modernisation des aéroports internationaux de N’djili à Kinshasa et de Luano à Lubumbashi.
Les 48 millions de dollars restants financent la centrale hydroélectrique de Grand Katende ainsi que les lignes de distribution devant alimenter Kananga, Mbuji-Mayi et Tshimbulu. Le ministère annonce que d’autres décaissements suivront pour la route nationale 4 entre Kisangani et Beni ainsi que pour la rocade de Kinshasa.
Les autorités assurent que ces ressources sont exclusivement réservées aux projets structurants présentés aux investisseurs lors de l’émission et qu’elles ne serviront pas aux dépenses courantes de l’État.
C’est précisément sur le coût de l’emprunt que se concentrent les critiques les plus fortes. Avec des coupons de 8,75 % et 9,50 %, la RDC a emprunté à des conditions jugées élevées comparativement à certains autres pays africains.
Le média spécialisé Finances & Entreprises rappelait dès le 15 avril que la Côte d’Ivoire avait quelques semaines auparavant levé 1,3 milliard de dollars à 5,39 % sur quinze ans. Selon cette analyse, Kinshasa reste considéré comme un emprunteur présentant un niveau de risque plus important par les marchés, ce qui se traduit par une prime d’intérêt élevée.
À cela s’ajoute une interrogation sur l’adéquation entre une dette coûteuse et relativement courte et des infrastructures dont la rentabilité économique s’inscrit généralement sur plusieurs décennies.
Le second point de contestation concerne le calendrier de l’opération. Certains analystes estiment que l’emprunt aurait davantage répondu à un besoin immédiat de financement qu’à un portefeuille de projets entièrement préparés, alors que la structuration d’un programme d’investissement de cette ampleur nécessite habituellement plusieurs années.
Le gouvernement oppose à cette critique l’état actuel d’exécution des projets ainsi que le placement rémunéré des fonds encore non affectés.
Devant l’Assemblée nationale, le 24 avril, le ministre des Finances Doudou Fwamba avait déjà voulu recadrer le débat. Il avait expliqué que l’objectif n’était pas seulement de mobiliser un milliard de dollars, mais de permettre à la RDC d’intégrer durablement les marchés financiers internationaux, tout en garantissant que les fonds ne seraient pas utilisés pour le fonctionnement quotidien de l’État.
Sur le plan de la soutenabilité budgétaire, les indicateurs macroéconomiques restent pour l’instant favorables à Kinshasa. La dette publique est passée de 20,9 % du produit intérieur brut fin 2024 à 18,1 % fin 2025, l’un des ratios les plus faibles du continent, tandis que le déficit public est resté contenu à 2,4 % du PIB.
La RDC demeure également sous programme avec le Fonds monétaire international, dont le conseil d’administration a validé fin juin les revues des facilités en cours, permettant le décaissement d’environ 260 puis 182 millions de dollars. L’institution avait salué le succès de la première émission d’euro-obligations, tout en appelant les autorités à garantir une utilisation transparente et efficace des ressources mobilisées.
L’avertissement du FMI et les critiques formulées depuis avril convergent finalement vers un même enjeu. La question n’est plus seulement de savoir combien la RDC a emprunté, mais ce que ce financement permettra réellement de construire.
La réussite de ce premier passage sur les marchés internationaux dépendra désormais de la capacité de l’administration congolaise à transformer rapidement ce milliard de dollars en infrastructures visibles et productives. À défaut, l’opération pourrait être perçue comme une dette coûteuse dont les bénéfices tardent à apparaître.

Par Pistis Kayembe


