En cinq ans, le taux d'utilisation de la monnaie électronique en Côte d'Ivoire est passé de 61,0 % à 84,2 % selon la BCEAO. Pourtant, quand l'État a lancé ce mardi 6 octobre son projet d'accompagnement des fintechs, son représentant a d'abord reconnu que le secteur se limite encore, pour l'essentiel, au paiement et au transfert d'argent.
Ce projet, co-financé par la Banque africaine de développement et l'État à travers le PACA-CI, s'ouvre donc sur un aveu autant que sur une promesse. Les autorités savent que l'inclusion financière progresse, passée de 41 % en 2017 à 58 % en 2024 selon le Global Findex, mais elles savent aussi que le téléphone y a davantage contribué que la banque, puisque la bancarisation stricte n'est passée que de 19,1 % à 33,6 % entre 2019 et 2024.
Or payer et envoyer de l'argent ne revient pas à épargner, emprunter ou s'assurer. Le directeur par intérim de l'APIF-CI, Patrice Brou, a lui-même cité trois freins à lever, l'accès au financement, le manque de capacités techniques et la mise en conformité réglementaire de l'écosystème, et il a promis une attention particulière aux start-ups du secteur.
La première réponse est une réponse de méthode. Le répertoire des fintechs sera mis à jour, les structures seront accompagnées dans leur organisation, et la base de données servira de socle à une feuille de route nationale, a indiqué Moussa Doumbia, directeur général du BEDET. Le coordonnateur du PACA-CI, Komenan N'Da Mougo, a de son côté rappelé qu'une économie ne réussit pas sa mutation si une partie de ses acteurs reste en marge des circuits financiers officiels.
L'atelier de lancement a réuni la direction de l'Innovation du ministère de la Transition numérique, la BCEAO, des banques, des émetteurs de monnaie électronique et des entrepreneurs du secteur. Cette présence montre que les principaux acteurs de l'écosystème ont été réunis autour du projet, entre régulateurs, financeurs et entreprises innovantes.
Recenser est une étape logique, car on soutient mal ce que l'on connaît mal. Les éléments communiqués lors du lancement ne précisent pas en revanche le montant des programmes à venir ni leur calendrier, alors que l'accès au financement figure parmi les obstacles que les promoteurs eux-mêmes ont identifiés.
Les PME et start-ups du secteur sont invitées à se faire recenser pour bénéficier des futurs programmes de renforcement des compétences techniques et managériales, ce qui fait de l'inscription la condition d'entrée. La capacité du dispositif à intégrer l'ensemble des acteurs, y compris les structures les plus petites, constituera donc un premier test de sa portée.
Le projet se jugera donc moins à la qualité de son répertoire qu'à sa capacité à faire émerger, dans les prochaines années, des fintechs ivoiriennes qui proposent autre chose que le transfert d'argent.

Par Pistis Kayembe


