Le gouverneur de la BCC, André Wameso a raison de poser la question du financement de l'économie congolaise. Mais la création de trois banques publiques dédiées à l'agriculture, aux infrastructures et à l'industrie mérite d'être examinée avec prudence. Des banques spécialisées peuvent répondre à des besoins que les établissements généralistes couvrent difficilement. Mais leur création ne constitue pas, à elle seule, une politique de financement de la production.
La RDC dispose déjà d'un système bancaire et de différents mécanismes publics de financement. Le défi se situe surtout dans la capacité de ces dispositifs à transformer l'épargne disponible en crédits réellement accessibles aux entreprises productives. Le problème tient au coût du financement, aux garanties exigées, aux maturités proposées et à la capacité des établissements à évaluer et à assumer le risque lié aux activités productives.
La spécialisation proposée par le gouverneur de la BCC peut donc avoir du sens. Une exploitation agricole n'a pas les mêmes besoins qu'un chantier d'infrastructures. Un projet industriel ne se finance pas comme une campagne agricole. Les cycles d'activité, les besoins en fonds de roulement, les durées d'investissement et les risques diffèrent fortement d'un secteur à l'autre. Une banque spécialisée pourrait, en théorie, développer des produits mieux adaptés à ces réalités.
Mais la spécialisation des guichets ne règle pas la question centrale. Trois nouvelles banques publiques n'apporteront pas grand-chose si les mécanismes de collecte de l'épargne, d'évaluation des risques, de gouvernance et de recouvrement des crédits restent insuffisamment efficaces. Le véritable enjeu est moins de multiplier les institutions que de construire des intermédiaires financiers capables de prendre le risque productif dans des conditions maîtrisées.
Le contexte macroéconomique rappelle d'ailleurs pourquoi cette question est importante. Début août, l'inflation hebdomadaire est revenue à 0,19 %, contre 0,21 % la semaine précédente, mais son cumul annuel atteint déjà 6 %, contre 5,1 % à la même période de 2025. Sur le marché des changes, le dollar s'échangeait le 7 août à 2 271,13 CDF au taux indicatif et à 2 319,73 CDF au parallèle, le franc congolais ayant perdu 0,82 % sur le segment interbancaire depuis fin juillet. Ces variations ne se résoudront pas par le seul crédit, mais une production locale plus importante peut contribuer à réduire la dépendance aux importations et à renforcer la capacité de l'économie à absorber certains chocs.
C'est là que se trouve le paradoxe. La stabilité des prix ne dépend pas uniquement de la politique monétaire. Elle dépend aussi de la capacité du pays à produire davantage de biens et de services. Or produire davantage suppose des entreprises capables d'investir, et investir suppose un système financier disposé à financer des projets dont les retours ne sont pas toujours immédiats. Si les entreprises agricoles, industrielles ou de transport continuent de se heurter à des garanties hors de portée, à des taux trop élevés ou à des procédures trop longues, de nouvelles structures risquent de reproduire les mêmes limites.
La recommandation d'André Wameso a néanmoins le mérite de replacer le financement de la production au centre du débat économique. Elle pose une question essentielle pour la RDC. Comment orienter davantage les ressources financières vers les secteurs capables de produire, d'employer et de créer de la valeur localement ? La réponse peut passer par des banques spécialisées, mais aussi par une amélioration du cadre de crédit, des mécanismes de garantie, du financement à long terme et de la gestion des risques.
Pour l'instant, plusieurs éléments devront encore être précisés pour juger la pertinence de ces futures banques, notamment leur capital, leur gouvernance, leurs sources de financement, leurs critères d'octroi des crédits, leur articulation avec les banques commerciales et leur mécanisme de gestion des risques. C'est sur ces éléments que se jouera leur efficacité. Le RDC n'a pas simplement besoin de trois banques de plus. Il a besoin d'un système financier capable de transformer durablement les ressources disponibles en investissements, en entreprises et surtout en production.

Par Pistis Kayembe


