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Uber : une carte Visa au Kenya, une application coupée au Nigeria, même semaine

Huit mois après l'avoir retirée, Uber vient de rétablir l'option de paiement par carte Visa pour ses passagers kenyans. Dans le même temps, des chauffeurs nigérians et ougandais ont découvert que l'application cessait de fonctionner dans leurs marchés respectifs, avec un préavis

Huit mois après l'avoir retirée, Uber vient de rétablir l'option de paiement par carte Visa pour ses passagers kenyans. Dans le même temps, des chauffeurs nigérians et ougandais ont découvert que l'application cessait de fonctionner dans leurs marchés respectifs, avec un préavis limité. Ces décisions, prises au sein de la même entreprise, donnent à voir une stratégie africaine devenue beaucoup plus sélective. Certains marchés continuent de bénéficier d'investissements et d'améliorations du service, tandis que d'autres sont rapidement sortis du périmètre du groupe.

Au Kenya, Uber avait supprimé Visa en janvier, invoquant la hausse des coûts de paiement à l'échelle mondiale, sans préciser publiquement le montant de ces frais ni expliquer pourquoi Visa était concernée alors que Mastercard restait acceptée. Le retour de cette option, accompagné d'un message promotionnel invitant les utilisateurs à profiter d'une expérience simplifiée, montre qu'Uber continue d'accorder une attention particulière à l'expérience client sur ce marché. L'entreprise revient ainsi sur l'un de ses précédents arbitrages sans donner beaucoup plus de détails sur les raisons de ce changement.

Le retrait du Nigeria et de l'Ouganda, effectif depuis le 2 septembre, n'a pourtant pas été présenté comme une décision sans justification. Uber explique vouloir concentrer désormais ses investissements sur les marchés où elle peut offrir aux chauffeurs des opportunités de revenus à grande échelle, après un examen approfondi de ses activités. Cette explication stratégique contraste avec la manière dont le départ a été vécu sur le terrain, notamment au Nigeria, où des chauffeurs ont découvert l'arrêt du service avec un préavis très limité. Entre la décision prise au siège et son annonce aux personnes directement concernées, le décalage a été particulièrement visible.

Cette manière de procéder n'est pas passée inaperçue auprès des autorités nigérianes. Le régulateur nigérian de la concurrence et de la protection des consommateurs a ouvert un examen portant sur les conditions du départ d'Uber du pays, avec une attention particulière portée aux services qui pourraient être restés non fournis aux consommateurs. Aucune sanction n'a pour l'instant été annoncée, mais l'ouverture de ce contrôle montre que la sortie rapide d'une plateforme présente depuis plusieurs années soulève des questions sur l'information des utilisateurs et sur les obligations qui peuvent continuer à s'appliquer au moment d'un retrait.

Un continent qui se réduit marché après marché

Ce retrait n'est pas un épisode isolé dans la trajectoire récente d'Uber en Afrique. L'entreprise avait déjà quitté la Côte d'Ivoire en 2025 et la Tanzanie en janvier 2026. Avec les départs du Nigeria et de l'Ouganda, Uber concentre désormais sa présence africaine sur quatre marchés, l'Égypte, le Ghana, le Kenya et l'Afrique du Sud. La carte africaine du groupe s'est donc considérablement réduite en quelques années. Pour Uber, il ne s'agit plus de multiplier les implantations, mais de déterminer dans quels pays une présence durable peut encore justifier les investissements nécessaires.

Ces retraits ne sortent pas de nulle part. Au Nigeria, Uber affrontait depuis plusieurs années des pressions structurelles, notamment la hausse des coûts d'exploitation liée à la suppression des subventions sur le carburant, ainsi que des différends persistants avec les chauffeurs autour des commissions, qui pouvaient atteindre 25 % des courses. En Ouganda, l'entreprise considérait de son côté que la taille du marché ne justifiait plus le niveau d'investissement nécessaire, alors que la concurrence s'était renforcée avec des acteurs comme Bolt, inDrive, SafeBoda et Yango. Les difficultés rencontrées dans ces deux pays étaient donc antérieures à la décision de septembre.

Ces décisions interviennent dans une période de réduction des coûts et de recentrage pour Uber. La suppression annoncée de 3 300 postes au siège, soit environ 10 % des effectifs mondiaux, intervient au même moment que le retour de Visa au Kenya et l'arrêt des activités au Nigeria et en Ouganda. Ces décisions ne sont pas nécessairement liées directement, mais leur proximité dans le calendrier donne une indication sur la direction prise par le groupe. Uber cherche à réduire ses dépenses tout en concentrant ses ressources sur les activités et les marchés qu'elle considère comme les plus prometteurs.

Le schéma qui se dessine n'est donc pas celui d'un retrait généralisé du continent, mais celui d'une concentration sélective. Uber semble vouloir conserver un nombre réduit de marchés jugés suffisamment rentables ou stratégiques, tout en limitant les ressources consacrées aux territoires dont les perspectives sont moins favorables. Le Kenya bénéficie ainsi d'une amélioration de son expérience de paiement pendant que le Nigeria et l'Ouganda sortent du périmètre du groupe. Pour les marchés africains, cette stratégie rappelle qu'une présence internationale dépend moins de l'ancienneté d'une implantation que de la place qu'elle occupe encore dans les calculs économiques du groupe.

Les utilisateurs et chauffeurs kenyans, égyptiens, ghanéens et sud-africains peuvent aujourd'hui voir dans le retour de Visa au Kenya un signe positif quant à l'engagement d'Uber dans ces marchés. Mais les départs successifs du continent invitent à regarder cette présence avec davantage de recul. La question n'est plus seulement de savoir quels pays Uber conserve aujourd'hui, mais lesquels resteront suffisamment importants pour justifier ses investissements demain. Le Kenya, l'Égypte, le Ghana et l'Afrique du Sud occupent encore une place dans la stratégie africaine du groupe. Leur maintien dépendra désormais de la capacité de ces marchés à rester économiquement intéressants pour Uber.

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