Le gouvernement congolais accélère sa stratégie de désenclavement numérique. Quatre entreprises de télécommunications viennent d'être sélectionnées pour recevoir des subventions publiques et étendre la couverture mobile dans une quarantaine de localités jusqu'ici délaissées par les opérateurs privés. Une décision qui traduit la volonté de l'État de combler un vide devenu difficile à justifier à l'heure du tout numérique.
C'est le mécanisme du service universel des télécommunications qui rend cette opération possible. En République démocratique du Congo, ce dispositif vise précisément les zones où la logique purement commerciale des opérateurs atteint ses limites. Quatre sociétés télécoms ont ainsi été désignées pour déployer des infrastructures dans 40 localités mal desservies, voire totalement privées de réseau. L'objectif affiché est de permettre à des populations aujourd'hui coupées des télécommunications mobiles d'accéder enfin à un service que la majorité des Congolais considère comme acquis depuis longtemps.
Le principe retenu par les autorités repose sur un calcul économique simple. Construire une antenne, l'alimenter en énergie et la maintenir coûte cher, particulièrement dans les zones reculées. Pour un opérateur privé, ce coût n'est souvent pas rentabilisé par le nombre d'abonnés potentiels sur place. La subvention publique vient donc compenser une partie de cet investissement initial, de façon à rendre le projet financièrement viable là où il ne l'aurait jamais été dans une logique purement marchande.
Cette approche n'a rien d'anodin quand on regarde la géographie du pays. Avec un territoire qui dépasse les 2,3 millions de km², la RDC compte parmi les États les plus vastes du continent, et cette immensité s'accompagne d'une dispersion importante des populations. À cela s'ajoutent des difficultés récurrentes d'accès aux infrastructures énergétiques, un facteur qui pèse lourdement sur le coût d'installation et de fonctionnement des réseaux mobiles. Autant de contraintes qui expliquent pourquoi certaines localités restent aujourd'hui hors de portée des grilles d'investissement classiques des opérateurs.
Derrière cette question de couverture réseau se cache un enjeu bien plus large que le simple fait de pouvoir passer un appel. Là où le mobile arrive, c'est souvent tout un écosystème numérique qui s'ouvre du même coup. L'accès à Internet, aux services de mobile money, à certaines démarches administratives ou encore à des ressources éducatives et commerciales en ligne dépend directement de cette connexion de base. Pour des populations qui en étaient jusque-là privées, l'arrivée d'un simple signal mobile peut donc changer beaucoup plus que leurs habitudes de communication.
En misant sur ce mécanisme de subvention, l'État congolais cherche à réduire progressivement l'écart numérique qui sépare les grandes villes des zones rurales et périphériques du pays. Reste à savoir dans quels délais ces 40 localités verront concrètement leurs infrastructures sortir de terre, et si ce type d'initiative sera reconduit à plus grande échelle pour toucher les nombreuses autres zones du territoire encore privées de réseau.

Par Pistis Kayembe


