Le ministre des Finances, Doudou Fwamba a présenté cette infrastructure numérique comme le pilier d'une réforme fiscale voulue plus prévisible et plus favorable à l'investissement. Le ministre s'exprimait devant les députés et une délégation du FMI, à l'occasion d'une journée d'échanges organisée par la Commission économique, financière et contrôle budgétaire de l'Assemblée nationale.
L'objectif affiché par le gouvernement congolais est simple à énoncer, plus difficile à atteindre. Moderniser la gestion des finances publiques sans étouffer l'investissement privé. Doudou Fwamba a défendu devant les parlementaires et les représentants du FMI la poursuite des réformes économiques déjà engagées, en insistant sur la construction d'une fiscalité capable de mobiliser davantage de recettes tout en restant attractive pour les entreprises. Une administration fiscale moins dépendante du papier et des procédures manuelles élargirait mécaniquement la base imposable et réduirait la fraude, a-t-il plaidé.
C'est dans cette optique que le Data Center du ministère des Finances a occupé une place centrale dans l'intervention du ministre. Présentée comme l'un des principaux leviers de la transformation numérique de l'administration financière, cette infrastructure doit centraliser et sécuriser les données fiscales, douanières et budgétaires jusqu'ici dispersées entre plusieurs régies. L'ambition est de connecter enfin ces administrations entre elles et d'accélérer une circulation de l'information qui reste, aujourd'hui, largement manuelle.
Les bénéfices attendus dépassent la simple modernisation technique. Un système numérique commun faciliterait le suivi des recettes, limiterait les possibilités de manipulation des données et renforcerait la traçabilité des opérations de l'État. Il permettrait surtout de croiser les informations détenues séparément par la Direction générale des impôts, la Direction générale des douanes et accises et les autres services de mobilisation des recettes, un rapprochement resté difficile faute d'outils communs. Le Data Center doit également porter le déploiement de la facture normalisée ainsi que des systèmes de déclaration et de paiement en ligne, deux chantiers qui conditionnent la dématérialisation des relations entre l'État et les contribuables.
Le ministre a associé cette réforme à un second axe, l'amélioration de la qualité des investissements publics, qu'il s'agisse des infrastructures, des services publics ou des projets exécutés dans les provinces. Mais l'un ne va pas sans l'autre. Une fiscalité plus favorable à l'investissement suppose des règles claires, des contrôles mieux encadrés et des délais administratifs raccourcis, des attentes que les entreprises congolaises formulent depuis longtemps, davantage préoccupées par la stabilité des textes que par leur seule existence.
Le succès du Data Center ne se mesurera pas à sa mise en service, mais à la manière dont les régies financières s'en saisiront réellement. Partage effectif des données, abandon progressif des circuits parallèles, usage systématique des nouvelles plateformes. La rencontre entre parlementaires, gouvernement et FMI a permis de fixer ce cap. Les prochaines évaluations diront si la collecte des recettes, la transparence budgétaire et le climat des affaires en portent effectivement la trace.

Par Pistis Kayembe


